
Photo : MRDN
LAMOUREUX Camille, Marcel, Louis
Né le 12 juillet 1920 à Caen (Calvados) ; domicilié à Montchamp (Calvados) ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen (Calvados)
LAMOUREUX Camille, Marcel, Louis // Naissance : 12-7-1920 à Caen (Calvados) ; Domicile : Montchamp Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé
Camille Lamoureux est né dans un milieu social très modeste. Son père, 44 ans, travaille comme manœuvre, et sa mère, 38 ans, est sans emploi. D’abord domicilié à Caen, Rue Graindorge, l’enfant ne tarde pas à être confié à l’Assistance publique, puis il est placé dans différentes familles d’accueil. Après la scolarité primaire obligatoire, l’adolescent trouve à s’employer comme ouvrier agricole sur différentes exploitations du bocage virois. Au début de l’Occupation, il travaille comme salarié chez Henri Morel, cultivateur et marchand de chevaux. L’agriculteur est aussi le maire de Montchamp.
Dès le début de l’Occupation, Camille Lamoureux ne tarde pas à rejoindre un petit groupe de jeunes gens qui travaillent comme lui, dans les fermes de Montchamp et de Saint-Charles-de-Percy (Calvados). Certains d’entre eux ont récupéré des armes sur le bord des routes abandonnées par des militaires pendant la Débâcle de juin 1940. Ils ont vite repéré Fernand Margueritte, agriculteur à Saint-Charles-de-Percy. Père de quatre filles et d’un garçon, il affiche ostensiblement ses opinions favorables au régime de Vichy et à la collaboration avec l’Allemagne nazie.
Le 10 août 1941, Camille et ses amis de Montchamp ont décidé d’organiser un bal clandestin au café Bertin. La petite fête se passe bien jusqu’à ce les filles Margueritte se montrent à l’intérieur du café. Insultées et, pour l’une d’entre elle giflée, le bal s’achève dans la confusion. Aussitôt après, le père porte plainte et dénonce auprès de la Kommandantur de Vire la propagande gaulliste qui, selon lui, sévit à Montchamp. Le 31 août, un détachement armé de Feldgendarmen arrête Marcel Oblin, l’instituteur du village, Camille Lamoureux, et quatre autres jeunes. Tous sont emprisonnés à Vire. L’instituteur est libéré le 2 septembre, mais les cinq garçons sont condamnés à des peines de prison ferme.
En 1943, Camille Lamoureux échappe au Service du travail obligatoire (STO), grâce aux faux papiers fournis par l’instituteur de Montchamp. Les gendarmes de la brigade de Vassy, François Caulet et Pierre Ménochet, évitent au groupe des réfractaires de se faire rafler, en septembre, dans le bois de Montchamp, en les faisant prévenir par Marcel Oblin.
Cependant, deux événements totalement étrangers l’un à l’autre, et sans rapport avec l’activité du groupe des jeunes de Montchamp entraînent des conséquences catastrophiques. L’exécution par des FTP, le 31 janvier 1944, de Fernand Margueritte, et la découverte de plusieurs containers d’armes d’origine anglaise sur la commune de Montchauvet (Calvados), provoquent une rafle à Montchamp et à Saint-Charles-de-Percy. Le 23 mai, Camille Lamoureux est arrêté chez son patron, Henri Morel. Interrogé avec violence, au siège de la Sipo-SD à Caen, il est incarcéré à la maison d’arrêt de la ville avec les autres personnes arrêtées au cours de la rafle. Le jeune homme est exécuté, le 6 juin 1944, dans une des courettes de la prison.
Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.
Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.
En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.
Sources : SHD-Caen : 21P472 211 ; AD14 : Caen, état civil, naissances, 1920 ; recensement, 1921, Caen-Est ; 1166W/30 : personnes arrêtées par les Allemands, 1941-1944 ; Archives MRDN, J. Vico et J. Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004.
Gérard Fournier
Mots-clés :
- 12-7-1920
- Caen, Calvados
- Montchamp, Calvados
- 25-5-1944
- Montchamp, Calvados
- Caen, Maison d'arrêt, Calvados
- 6-6-1944
- Caen, Calvados




