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LEBEUF Jules, Jacques, François
Né le 9 août 1878 à Saint-Loup-Hors (Calvados) ; domicilié à Caen (Calvados) ; exécuté le 6 juin 1944 à la maison d’arrêt de Caen.
LEBEUF Jules, Jacques, François // Naissance : 9-8-1878 à Saint-Loup-Hors (Calvados) ; Domicile : Caen Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé
Fils d’un domestique et d’une épicière, Jules Lebeuf grandit à Bayeux, cadet d’une fratrie de quatre enfants. Après la scolarité obligatoire, il travaille comme garçon d’écurie, jusqu’à son service militaire effectué, dans la cavalerie, au 14e régiment de Dragons. De retour à Bayeux, le jeune homme se loue quelque temps comme domestique de ferme, puis fait la collecte du lait pour une laiterie coopérative. Le 11 octobre 1912, il épouse à Tracy-sur-Mer (Calvados) Joséphine Lepley, fille d’un cultivateur de Saint-Vigor-le-Grand (Calvados), veuve d’Emile Billette, mère de deux enfants. Dès lors, mari et femme s’associent pour faire le ramassage du lait dans les fermes du Bessin, lui comme cocher, et elle, comme laitière.
Mobilisé à compter du 1er août 1914, il est renvoyé dans ses foyers, à Manvieu (Calvados), le 20 avril 1915, comme père de six enfants. En effet, aux trois enfants issus du premier mariage de son épouse s’ajoutent les trois enfants obtenus avec Joséphine. Le 12 août 1919, Jules Lebeuf rachète un matériel de location de voitures et correspondance aux chemins de fer et s’installe à son compte, à Caen. Séparé de fait de sa femme, il habite alors une chambre, en garni, situé 11 rue Moisant de Brieux et partage désormais la vie de sa logeuse. D’un caractère instable, le loueur de voiture change à nouveau de métier, à partir de 1926, pour devenir « débarqueur » sur le port de Caen, puis courtier en bestiaux, trois ans plus tard. Fréquentant assidument les cafés, il en oublie ses animaux sur les marchés, ce qui lui vaut plusieurs contraventions pour « abandon de bestiaux après l’heure réglementaire » de fermeture.
Sous l’Occupation, le marchand de bestiaux poursuit son activité commerciale. A part une affaire d’impayé relatée brièvement dans le journal Ouest-Eclair du 23 septembre 1943, il ne semble pas s’être mis en défaut. Une curiosité malsaine va cependant lui coûter la vie. Le 3 mai 1944, la Résistance abat en plein jour, à quelques pas de son domicile, rue des Fossé-du-Château, à Caen, Lucien Brière, principal auxiliaire de la Gestapo. Personnage odieux, alcoolique et brutal, haï de tous, responsable de l’arrestation, de l’internement, et souvent de la déportation, de plusieurs dizaines de personnes dans tout le département du Calvados. La nouvelle de l’exécution du traître Brière se répand rapidement partout en ville. Elle alimente toutes les discussions des habitués des cafés. Dans l’esprit de Jules Lebeuf naît une idée particulière. Il veut voir le cadavre de celui que tous craignaient. Son ami Désiré François, préposé à la morgue va lui arranger l’affaire.
Le lendemain, le marchand de bestiaux ne peut tenir sa langue et, au café Ledru, rue Manissier, où il a ses habitudes, sûr de faire sensation, il se met à conter sa petite expédition. Mal lui en prend. Parmi les consommateurs, une indicatrice de la Gestapo écoute attentivement ses propos. Le 31 mai, celui-ci est arrêté à son domicile par Hervé, auxiliaire de la Gestapo, accompagné de deux Allemands. Emmené rue des Jacobins, il est interrogé avec une extrême violence, d’autant plus que se défendant, il réussit à donner un coup au visage d’un Allemand. Désiré François subit d’ailleurs le même sort. Ayant partagé un temps la même cellule à la maison d’arrêt que Lebeuf, nous savons par son fils que « M. Lebeuf était inanimé et perdait du sang par les oreilles et par le nez. Il avait une plaie profonde à l’extrémité supérieure de la colonne vertébrale ». Conduit à l’infirmerie, le témoin ne l’a jamais revu. Le 6 juin 1944, Jules Lebeuf est exécuté dans une des courettes du quartier allemand, avec 72 autres prisonniers.
Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.
Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.
En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.
Sources : AD14 : Saint-Loup-Hors, état civil, NMD, 1868-1894, Tracy-sur-Mer, état civil, NMD, 1903-1912, recensement, 1911, Longues-sur-Mer, état civil, NMD, 1909-1917, Manvieu, état civil, NMD, 1902-1925 ; Caen, recensements, 1921-1936, 1R/233 : registres matricules, subdivision de Caen, classe 1898, fiche n° 992, 3348W/1 : dossier des prisonniers tués le 6 juin 1944, 1464W/14 : tribunal de Première instance de Caen, enquête et jugement du 4 juillet 1951; geneanet.org
Gérard Fournier
Mots-clés :
- 9-8-1878
- Saint-Loup-Hors, Calvados
- Caen, Calvados
- 1-5-1944
- Caen, Calvados
- Caen, Maison d'arrêt, Calvados
- 6-6-1944
- Caen, Calvados




