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MENOCHET Pierre, Bernard, Vincent

Photo : AP C. Ménochet

MENOCHET Pierre, Bernard, Vincent

Né le 7 octobre 1911 à Marais-la-Chapelle (Calvados) ; domicilié à Vassy (Calvados) ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen (Calvados).

MENOCHET Pierre, Bernard, Vincent // Naissance : 7-10-1911 à Marais-la-Chapelle (Calvados) ; Domicile : Vassy Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé

Pierre Ménochet est l’aîné d’une fratrie de deux enfants. À bonne école avec ses deux parents instituteurs, il obtient facilement son certificat d’études primaires, le 31 juillet 1924. Après la mort prématurée de son père à l’âge de 51 ans, il a du mal à trouver sa voie. Il se fait engager comme peintre en bâtiment puis maraîcher et, finalement, il contracte un engagement volontaire de deux ans, le 4 mars 1931, dans l’armée. Affecté au 14e régiment de tirailleurs algériens, le caporal Ménochet est envoyé au Maroc où, tombé malade, quelques mois après son arrivée au corps, il demeure 11 mois en traitement dans divers hôpitaux.

Après son retour en métropole, c’est dans la Gendarmerie que Pierre Ménochet pense faire carrière. Après un passage à la Garde républicaine, le voici nommé, en février 1936, à la 3e Légion et c’est ainsi qu’il reçoit son affectation pour la brigade de Vassy, dans l’arrondissement de Vire. Marié et père de deux enfants, le maréchal des logis Ménochet connaît déjà bien son secteur, le canton de Vassy, lorsqu’arrive, à la fin 1941, son nouveau chef de brigade, le maréchal des logis chef Caulet Lien interne. Les deux hommes se lient rapidement d’amitié. Ensemble, ils s’engagent, à partir de l’automne 1942, dans la Résistance organisée, au sein de l’OCM. A la collecte de renseignements, ils livrent une lutte active contre le STO.

Deux événements, qui n’ont pourtant aucun lien entre eux, attirent l’attention de la Gestapo de Caen sur le canton de Vassy. Le 31 janvier 1944, Fernand Margueritte est abattu par un commando FTPF à son domicile. Trois mois plus tard, deux containers suspendus à des parachutes, atterrissent près d’une ferme de Montchamp, dans la nuit du 28 au 29 avril 1944. Un important stock d’armes anglaises est découvert dans les bois de Monchauvet.

A Montchamp, la Sipo-SD dispose d’un indicateur en la personne de Roland Carpentier, un agriculteur de 24 ans. Impliqué dans le trafic de marché noir avec les Allemands, celui-ci joue un rôle majeur dans le drame qui se prépare. Il connaît tous les gens du village et a repéré les réfractaires au STO sur la commune et sur celle de Saint-Charles-de-Percy. Il suspecte plusieurs d’entre eux d’appartenir à la Résistance et les dénonce à Raoul Hervé, auxiliaire de la police allemande.

Les renseignements fournis par Carpentier, confirmés par un homme de main d’Hervé envoyé sur place, déclenchent dans le village une rafle opérée au cours des deux dernières semaines de mai. Le 26 mai, les gendarmes Ménochet et Caulet cherchent à comprendre ce qui s’est passé à Montchamp. Au café Bertin, ils tombent sur Carpentier qu’ils traitent de « mauvais Français ». Il n’en faut pas davantage pour que le dénonciateur les fasse arrêter. Le 30 mai, le Chef Caulet est arrêté le premier à la brigade de Vassy, puis quelques instants plus tard, Pierre Ménochet est à son tour appréhendé à son domicile. Interrogé par la Gestapo, puis incarcéré à la maison d’arrêt de Caen, ils tombent, l’un et l’autre, sous les balles allemandes le 6 juin.

Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.

Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.

En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.

Sources : SHD-Caen : 21P515352 ; AD14 : Le Marais-la-Chapelle, état civil, TD, NMD, 1903-1912 et 1913-1922, recensements, 1911-1921 , Saint-Aubin-Lébisay : recensements, 1926-1931, Norrey-en-Auge, état civil, TD, 1923-1932, Vassy, recensement, 1936 ; 1R/593 : registre militaire, 1166W/30 : personnes arrêtées par les Allemands, 1941-1944, 1101W/236 : dossier de demande de la carte du combattant volontaire de la Résistance; Archives MRDN ; AP C. Ménochet ; Les 50 000 adresses du Calvados, 1941-1942 , J. Vico et J. Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004 ; B. Massieu, Les gendarmes dans la bataille de Normandie, 2014

Gérard Fournier

Mots-clés :

Exécuté
  • 7-10-1911
  • Marais-la-Chapelle, Calvados
  • Vassy, Calvados
  • 30-5-1944
  • Vassy, Calvados
  1. Caen, Maison d'arrêt, Calvados
Décédé
  • 6-6-1944
  • Caen, Calvados
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