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MONSION Jean
Né le 15 septembre 1889 à Saint-Martial-sur-Isop (Haute-Vienne) ; domicilié à Montchamp (Calvados) ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen (Calvados)
MONSION Jean // Naissance : 15-9-1889 à Saint-Martial-sur-Isop (Haute-Vienne) ; Domicile : Montchamp Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé
Né dans une famille d’agriculteurs, Jean Monsion est l’aîné d’une famille de douze enfants. Après les années d’école primaire, il travaille sur l’exploitation familiale jusqu’à 17 ans, puis devient ouvrier maçon. Le 3 octobre 1910, il est appelé pour son service militaire au sein du 14e régiment d’infanterie à Limoges (Haute-Vienne). Retourné à la vie civile, il s’installe à Bellac (Haute-Vienne) où il reprend son activité de maçon. Parenthèse de courte durée, puisqu’il est rappelé par la mobilisation du 2 août 1914. Blessé à Châtelraould-Saint-Louvent (Marne), le 10 septembre 1914, il est évacué vers un hôpital de l’arrière. Rétabli après une longue convalescence, il rejoint la zone des armées, le 10 mars 1916, pour le front de l’Artois, mais il est à nouveau blessé, par éclats d’obus, et évacué le 17 avril 1916. Décoré de la Croix de Guerre, Jean Monsion est blessé une troisième fois, le 23 septembre 1918.
Un mois auparavant, il a épousé, le 26 août 1918, à Montchamp, Angèle Marie, institutrice adjointe, 25 ans, fille d’un menuisier du village. Démobilisé le 6 août 1919, Jean Monsion, s’établit définitivement à Montchamp et crée une entreprise de maçonnerie. Le 23 décembre 1923, sa femme met au monde un petit Robert. La situation de la famille Monsion devient florissante au cours des années 1920. En 1926, l’entreprise Monsion emploie jusqu’à sept ouvriers dont il doit se séparer en raison de la crise économique de 1929.
Trop âgé, Jean Monsion n’est pas concerné par la mobilisation du 2 septembre 1939, mais lorsque l’occasion se présente de rejoindre les rangs de la Résistance, l’ancien combattant de 14-18 n’hésite pas un seul instant. Sollicité par l’instituteur Marcel Oblin, il s’engage, en 1943, dans le groupe OCM de Montchamp qui rassemble des artisans et commerçants du village. Un autre groupe de résistants réunit des jeunes du village, pour la plupart réfractaires au STO. Beaucoup moins discrets que leurs aînés, ils attirent sur eux l’attention de Fernand Margueritte, agriculteur domicilié à Saint-Charles-de-Percy, connu de tous pour ses opinions pétainistes et pro-allemandes. Son exécution par un commando de FTPF de Pontécoulant, le 31 janvier 1944, oriente les recherches de la Sipo-SD vers ce secteur du bocage virois. Le 29 avril 1944, les armes anglaises d’un parachutage sont découvertes et saisies sur la commune de Montchauvet. Bien que ces deux événements ne présentent aucun lien entre eux, il n’en faut pas davantage pour qu’une importante rafle soit lancée sur les deux villages. Sur la base des informations fournies par un indicateur de Montchamp, Roland Carpentier, agriculteur trafiquant du marché noir, et sur celles d’un agent de la Sipo-SD infiltré, 18 habitants des villages de Montchamp et de Saint-Charles-de-Percy sont arrêtés à la fin du mois de mai. La rafle la plus importante a lieu le 23 mai avec neuf arrestations, dont celle d’Angèle Monsion, la femme de Jean. Celui-ci est arrêté à son tour deux jours plus tard, avec trois autres personnes. La police allemande revient à nouveau, les 30 et 31 mai, pour opérer cinq autres arrestations. Tous sont durement interrogés au 44, Rue des Jacobins à Caen. Incarcérés dans le quartier allemand de la maison d’arrêt, douze sur les dix-huit y sont exécutés, le 6 juin 1944.
Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.
Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.
En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.
Sources : SHD-Caen, 21P517805 ; AD89, Saint-Martial-sur-Isop, état civil, naissances 1883-1902 ; recensements, 1886-1891 ; Bussière-Poitevine, recensement, 1896 ; Peyrat-de-Bellac, recensement, 1901 ; Saint-Bonnet-de-Bellac, recensement, 1906 ; 1R/708, fiche matricule 614; AD14 : Montchamp, état civil, NMD, 1911-1920 ; TD, 1923-1932 ; recensements, 1921-1936, 1166W/30, personnes arrêtées par les Allemands, 1941-1944 ; J.Vico et J.Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004
Gérard Fournier
Mots-clés :
- 15-9-1889
- Saint-Martial-sur-Isop, Haute-Vienne
- Montchamp, Calvados
- 25-5-1944
- Montchamp, Calvados
- Caen, Maison d'arrêt, Calvados
- 6-6-1944
- Caen, Calvados




