
Photo : Archives MRDN
MOREL Henri
Né le 3 février 1884 à Montchamp (Calvados) ; domicilié à Montchamp ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen (Calvados).
MOREL Henri // Naissance : 5-2-1884 à Montchamp (Calvados) ; Domicile : Montchamp Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé
Henri Morel est né dans une famille d’agriculteurs aisée, implantée depuis de nombreuses générations à Montchamp. Fils unique d’Alphonse Morel et de Louise Lepeinteur, il arrête ses études au certificat d’études primaires et travaille sur l’exploitation familiale, comme ouvrier agricole, dès l’âge de 14 ans. À l’automne 1905, il part faire son service militaire et est affecté au 1er régiment de cuirassiers, dans la région parisienne. C’est probablement à partir de son passage dans ce régiment de cavalerie de l’Armée de terre que le jeune Morel se passionne pour les chevaux. Après deux années passées sous les drapeaux, il s’installe à son compte, comme courtier en chevaux. La mobilisation générale du 2 août 1914 le rappelle. En 1916, il sert dans l’artillerie, sur le front de Verdun, puis combat, en 1917, dans l’Aisne, et en 1918 dans la Marne, où il est promu maréchal des logis.
Revenu à la vie civile, Henri Morel reprend son activité de marchand de chevaux, puis se marie le 8 juin 1920, à Bonnemaison (Calvados), avec Yvonne Voisin, la fille d’un agriculteur de cette commune du Pré-Bocage. Deux places de conseiller municipal étant vacantes en 1924, il se présente et est élu. A nouveau candidat aux élections municipales des 3 et 10 mai 1925, puis des 5 et 12 mai 1929, l’agriculteur est à chaque fois facilement réélu. Il devient maire de la commune de Montchamp aux élections municipales de 1935.
Comme beaucoup, Henri Morel n’accepte pas la défaite de 1940 et rejette la collaboration du régime de Vichy avec l’Allemagne nazie. Son passé d’ancien combattant l’incite à s’engager contre l’occupant. C’est ainsi qu’il rejoint les rangs de l’OCM (Organisation Civile et Militaire), mouvement de résistance qui s’est développé à Montchamp à l’initiative de l’instituteur Marcel Oblin. À partir de 1943, des jeunes, de plus en plus nombreux, se cachent dans les fermes du village pour échapper au STO. Son fils, Robert, appartenant à la classe 1922, est directement concerné. Tous sont munis de faux papiers fournis par l’instituteur, qui est aussi secrétaire de mairie.
Mais un jeune agriculteur de Montchamp a choisi le camp opposé. D’abord cantonné à des affaires de marché noir, il se révèle, peu à peu un dangereux indicateur de la Sipo-SD. Sur la commune voisine de Montchauvet, un important stock d’armes anglaises est découvert en avril 1944. Le chef de la Sipo-SD de Caen, acquiert la certitude qu’une organisation clandestine opère dans la région. Les 23, 25 et 30 mai, il fait arrêter 11 personnes à Montchamp, 3 à Saint-Charles-de-Percy et 2 à Vassy. Le 31 mai, il fait convoquer le boulanger, Olivier Le Foll, et le maire, Henri Morel qui ont échappé à la rafle. A leur tour arrêtés, ils sont brutalement interrogés, sans égard pour leur âge ou pour leur fonction, puis conduits dans le quartier allemand de la maison d’arrêt de Caen, rue du général Duparge. Le 6 juin 1944, Henri Morel tombe sous les balles allemandes, avec neuf de ses concitoyens.
Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.
Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.
En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.
Sources : SHD-Caen : 21P518268 ; AD14 : Montchamp, état civil, NMD, 1873-1894 ; TD, 1913-1922, 1923-1932 ; recensement, 1886-1936 ; Bonnemaison, état civil, TD, 1913-1922 ; Subdivision de Falaise, Registres matricules militaires, Classe 1904, Matricule militaire n° 759 ; 9W/70, Montchamp, délibérations du conseil municipal, 1887-1964, 1166W/30, personnes arrêtées par les Allemands, 1941-1944,;Les 50 000 adresses du Calvados, 1924-1942 ; Y. Lecouturier, Normandie Gestapo, 1997 ; J. Vico et J.Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004
Gérard Fournier
Mots-clés :
- 5-2-1884
- Montchamp, Calvados
- Montchamp, Calvados
- 31-5-1944
- Caen, Calvados
- Caen, Maison d'arrêt, Calvados
- 6-6-1944
- Caen, Calvados




