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RENOUF Louis, Jules, Eugène

Photo : SHD-Caen

RENOUF Louis, Jules, Eugène

Né le 21 novembre 1917 à Caen (Calvados), domicilié à Caen ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen.

RENOUF Louis, Jules, Eugène // Naissance : 21-11-1917 à Caen (Calvados) ; Domicile : Caen Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé

Louis Renouf est issu d’une famille de dix enfants. Après la scolarité primaire obligatoire, le jeune garçon trouve un apprentissage d’ajusteur et se fait engager par la maison Fouquet, entreprise de matériaux de construction, quai de juillet. Le jeune homme y demeure jusqu’à son service militaire. D’abord affecté au 7e régiment de chasseurs à cheval, le 3 novembre 1938, il se rengage pour six mois, le 25 avril 1939. Versé au 43e régiment d’artillerie à Caen, Louis Renouf demeure à la caserne Claude Decaen jusqu’au 4 septembre 1939. Passé dans la zone des armées, le 2e classe Renouf est fait prisonnier, avec tout son régiment, le 21 juin 1940, au sud de Toul, à Vézelise (Meurthe-et-Moselle). Louis Renouf est ensuite interné au Stalag III-B (Brandebourg). Après 14 mois de captivité, le soldat Renouf, souffrant d’une furonculose généralisée, est libéré par les Allemands, le 23 août 1941, comme rapatrié sanitaire.

De retour à Caen, il est démobilisé au centre de libération des prisonniers de guerre, place du Lycée, et retrouve les siens. Louis Renouf cherche un nouveau travail qu’il trouve à la cidrerie Saint Julien, avenue de Creully. Le patron, M. Leborgne, a besoin d’un mécanicien pour assurer la maintenance des machines-outils de l’entreprise. Il lui faut aussi un mécanicien « Poids Lourds » pour la société de transport qu’il gère par ailleurs, 28 rue de la Délivrande. Louis Renouf accepte aussitôt les deux postes. Mais un jour, le jeune homme rentre bouleversé dans sa famille, rue du commandant Charcot. L’entreprise de transport Leborgne dispose d’une annexe, avenue Guynemer, d’où le jeune Louis dispose d’une vue plongeante sur le quartier Decaen, la caserne du 43e RA qu’il connaît bien, pour y avoir été incorporé en 1939. Et ce jour-là, il assiste de loin, impuissant, à l’exécution, de plusieurs résistants. Ainsi, à plusieurs reprises, il observe les drames qui se déroulent tout à côté. Le 26 septembre 1943, le jeune homme est recruté au dépôt de la gare SNCF de Caen, comme serrurier auxiliaire. Depuis plusieurs mois, la Résistance est bien implantée parmi le personnel ouvrier du dépôt. De petits groupes affiliés au Front national se démènent pour diffuser la propagande du mouvement, et enrayer le fonctionnement des services. Après ce que Louis a enduré derrière les barbelés en Allemagne et ce qu’il a entrevu à la caserne du 43e, sa motivation de pouvoir s’intégrer à l’un de ces groupes est forte.

Mais dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1944, un sabotage électrise l’ensemble des personnels du dépôt de la gare de Caen. Deux locomotives sont mises hors service, l’une a été précipitée dans la fosse de la plaque tournante, l’autre a déraillé sur le pont transbordeur. A compter de ce jour, le chef de la Gestapo et ses supplétifs français mettent tout en œuvre pour découvrir les coupables. Le 15 mai, Raoul Hervé et ses hommes de main ont déjà une liste de noms avec les adresses. Achille Boutrois Lien interne est ainsi appréhendé à son domicile sans avoir pu faire quoi que ce soit. Louis Renouf et Michel Boutrois Lien interne sont arrêtés au carrefour de la rue de Falaise et de la rue de Vaucelles. D’autres sont pris dans la nasse un peu plus tard. Louis Renouf est conduit, menotté, au siège de la Gestapo, 44 rue des Jacobins. Courageusement, il encaisse le choc de l’arrestation, puis celui de l’interrogatoire au cours duquel les hommes de Hervé se déchaînent, avec une extrême brutalité. Incarcéré au 3e étage de la maison d’arrêt, le résistant attend la délivrance qui approche. Hélas, le 6 juin, il est extrait de sa cellule, mains en l’air, et contraint de descendre au rez-de-chaussée de la grande galerie. Il est assassiné, quelques instants plus tard, comme 72 autres prisonniers exécutés, comme lui, ce jour-là.

Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.

Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.

En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.

Sources : SHD-Caen, 21P530418 ; AD14 : Caen, état civil, mariages, janv.-avril 1913, naissances, 1915-1917, 1919 ; TD, 1923-1932, Mézidon, état civil, naissances, 1911-1914 ; Caen-Est, recensements, 1921-1936, 1R/644 : registre matricule militaire, classe 1938, n° 1753, 3348W/1 : dossier d’enquête sur les prisonniers fusillés de juin 1944, 6J/114 : fonds famille Renouf ; J. Quellien, J.Vico, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004, T. Fontaine (dir.), Cheminots victimes de la répression, 1940-1945, 2017, p. 1262-1263

Gérard Fournier

Mots-clés :

Exécuté
  • 21-11-1917
  • Caen, Calvados
  • Caen, Calvados
  • 15-5-1944
  • Caen, Calvados
  1. Caen, Maison d'arrêt, Calvados
Décédé
  • 6-6-1944
  • Caen, Calvados
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