
Photo : SHD-Vincennes
VINCENT Marcel, Albert
Né le 31 juillet 1893 à Montchamp (Calvados) ; domicilié à Montchamp ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen (Calvados).
VINCENT Marcel, Albert // Naissance : 31-7-1893 à Montchamp (Calvados) ; Domicile : Montchamp Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé
Marcel Vincent est l’aîné d’une fratrie de trois enfants. Son père, Arsène, exerce le métier de peintre en bâtiment. Sa mère, Albertine, tient une petite épicerie. Après sa scolarité primaire, le jeune Albert apprend le métier de peintre et aide son père sur les chantiers de la région. De constitution chétive, et de petite taille (1m60), et malgré une très mauvaise vue qui l’oblige à porter des lunettes, Marcel Vincent est incorporé au 1er groupe d’aviation, le 4 septembre 1917 et maintenu sous les drapeaux pour la durée du conflit. Renvoyé à la vie civile, en septembre 1919, il reprend son activité au village, puis, le 12 avril 1921, il épouse la fille d’un cultivateur de la Manche, Germaine Lerouley, 24 ans. Un petit garçon naît de cette union, le 2 février 1922. En cette période de l’Entre-Deux-Guerres, Germaine Vincent seconde sa belle-mère Albertine à l’épicerie, mais elle se prend aussi de passion pour la photographie. Avec l’accord de son mari, elle ouvrer un salon de photographie en 1937.
Dès 1940, une sourde hostilité contre les occupants apparaît dans le village de Montchamp. Elle est le fait de plusieurs commerçants et artisans de la commune. Marcel et Germaine Vincent partagent ce sentiment. Avec la loi sur le STO du 16 février 1943, ils craignent que leur fils Claude ne soit contraint d’aller travailler en Allemagne. Deux habitants de Monchamp, l’instituteur Marcel Oblin et l’agriculteur Raymond Levardois créent un groupe de résistance qui se rattache au mouvement OCM (Organisation Civile et Militaire). La nouvelle activité de Germaine Vincent permet de venir en aide aux réfractaires du STO afin de leur fabriquer de fausses cartes d’identité.
Au début de 1944, deux événements attirent l’attention de la Sipo-SD. L’assassinat, le 31 janvier, à son domicile de Saint-Charles-de-Percy, de Fernand Margueritte, figure de proue des partisans de la collaboration, et la découverte d’un important stock d’armes parachutées à Montchauvet, le 29 avril. Un jeune agriculteur de Montchamp, Roland Carpentier, trafiquant de marché noir et indicateur de Raoul Hervé, auxiliaire de la Gestapo, confirme cette suspicion. Le 23 mai, le village est investi. Huit habitants et un villageois de Saint-Charles-de-Percy sont mis en état d’arrestation, parmi lesquels Marcel et Germaine Vincent. Leur maison est perquisitionnée et pillée. Dans les jours suivants, les hommes de la Sipo-SD se saisissent encore de neuf autres personnes. Tous sont interrogés et brutalisés, rue des Jacobins à Caen, puis incarcérés à la maison d’arrêt. Le 6 juin 1944, Marcel Vincent et 11 des 18 victimes de la rafle, sont exécutées dans les courettes de la prison. Germaine Vincent, épargnée, est libérée le lendemain, avec la plupart des femmes incarcérées à la prison.
Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.
Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.
En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.
Sources : SHD-Caen : 21P548 105 ; SHD-Vincennes : 16P596386 ; AD14 : Montchamp, état civil, NMD, 1873-1894 ; 1895-1910 ; TD, NMD, 1913-1922 ; recensements, 1921-1936 ;; 1R/394-396 : registre matricule militaires, , 9W/70 : cour de justice du Calvados, dossier de la bande à Hervé, Interrogatoire de Bernard Desloges, 7 avril et 12 mai 1945, interrogatoire de Daniel Collard, 16 mai 1945, 1166W/30 : personnes arrêtées par les Allemands, 1941-1944 ; Les 50 000 adresses du Calvados, 1922-1942, J. Vico et J. Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004
Gérard Fournier
Mots-clés :
- 31-7-1893
- Montchamp, Calvados
- Montchamp, Calvados
- 23-5-1944
- Montchamp, Calvados
- Caen, Maison d'arrêt, Calvados
- 6-6-1944
- Caen, Calvados




