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Inconnue ; domiciliée à Caen (Calvados) ; exécutée le 6 juin 1944 à la maison d’arrêt de Caen.

Si l’identité de cette jeune femme n’est pas connue, nous avons la certitude qu’elle figure bien parmi les 73 prisonniers de la maison d’arrêt de Caen exécutés par la Gestapo, le 6 juin 1944 dans le quartier allemand de la prison.

Commençons d’abord par les constations faites par le juge d’instruction Berlemont en charge de l’enquête sur le massacre du 6 juin 1944 à la maison d’arrêt. Le 22 août 1944, il pénètre dans les courettes du quartier allemand, fait un certain nombre de constations (traces de sang, impacts de balles) et décrit, en détail, tous les objets qui se trouvent ici et là, dispersés sur le sol, et parfois accrochés aux murs. Arrivé dans la courette n°4, il écrit : « Nous remarquons sur le sol, à gauche, une touffe de cheveux noirs courts, puis une grosse touffe de cheveux longs blonds, semblant être des cheveux de femme (…) ».

Puis plusieurs témoignages de rescapés et de témoins, se trouvant au moment des faits dans la prison, sont enregistrés par le commissaire de police Henriquet. Le 22 septembre 1944, il recueille celui d’André Lebrun, résistant épargné, qui déclare : « Dans la soirée du même jour [6 juin 1944], j’ai entendu une voix de femme qui criait « Non, Monsieur, laissez-moi, je n’ai rien fait » et après, j’ai entendu quelques coups de revolver ».

Le 11 octobre, l’enquêteur reçoit le témoignage d’Edouard Poisson, boucher à Caen, arrêté le 23 mai 1944 dans le cadre de l’affaire du réseau Arc-en-Ciel. Celui-ci précise : « Après la fusillade, j’ai entendu les cris d’une femme, mais je n’ai pu entendre ce qu’elle disait ».

Deux jours plus tard, le jeune Jacques Collard, 15 ans, arrêté avec son père pour appartenance à une organisation de résistance (le réseau Arc-en-Ciel), le 22 mai 1944, apporte les précisions suivantes : « Vers 15 heures, les fusillades ont recommencé jusqu’à environ 16 heures 30. Et vers 16 heures, j’ai entendu la voix d’une femme qui disait : « Lâchez-moi, lâchez-moi, je n’ai rien fait ». Je suis alors monté sur mon lit et j’ai aperçu, par le vasistas, une femme tomber, tuée à coups de revolver. C’était une jeune femme de 20 à 22 ans, mais je ne peux rien dire d’autre, je n’ai pu apercevoir que le haut du corps ».

Un quatrième témoin, Blanche Néel, arrêtée à la place de son mari, le 3 février 1944 à Mortain (Manche), apporte un nouvel éclairage sur la femme inconnue, dans un récit non daté : « Le 6 juin, étant de corvée, j’ai vu dans un couloir une femme française, soutenue par deux soldats allemands. A demi défaillante, elle me dit : « Ils vont me fusiller… ». Elle fut entraînée vers la cour où les Allemands abattaient des prisonniers. Cette femme, dont j’ignore le nom, devait habiter rue d’Auge à Caen. Elle aurait été, à l’en croire, en relation avec un agent de la Gestapo. Après les exécutions, la gardienne allemande, sans donner évidemment d’explications, nous a offert les affaires personnelles de cette femme. Nous les avons bien entendu refusées. »

En résumé, l’inconnue de la maison d’arrêt était une femme jeune, âgée d’une vingtaine d’années, blonde, domiciliée à Caen, rue d’Auge, maîtresse d’un agent allemand de la Gestapo de Caen, parti en permission dans sa famille, quelques jours avant le massacre.

Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.

Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.

En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.

Sources : DCAJM-Le Blanc : dossier Affaire prison de Caen, Dossier tribunal 1e instance, IA, tribunal militaire permanent, AD14 : 3348W/1 : dossier d’enquête sur les prisonniers fusillés de juin 1944 ; J. Vico, J.Quellien, Massacres nazis en Normandie, 2004, p.58, note 9.

Gérard Fournier

Mots-clés :

Exécutée
    • Caen, Calvados
      • 6-6-1944
      • Caen, Calvados
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