
Photo : Archives MRDN
CAREL Henri, Alexandre, Marcel
Né le 17 septembre 1921 à Paris (Seine) ; domicilié à Braye-la-Campagne (Calvados) ; exécuté sommairement le 6 juin 1944 à Caen (Calvados).
CAREL Henri, Alexandre, Marcel // Naissance : 17-9-1921 à Paris (Seine) ; Domicile : Bray-la-Campagne Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé
Enfant naturel de Suzanne Lemoine, vendeuse à Fierville-la-Campagne (Calvados) et de Marcel Carel, nettoyeur à Paris (19)e, qui l’a reconnu le 9 octobre 1925 et légitimé par le mariage, le 24 octobre suivant, Henri Carel passe une partie de sa petite enfance à Saint-Ouen (Seine). Au printemps 1931, la famille Carel quitte la région parisienne pour la Normandie. Le chef de famille devient mécanicien, et son fils Henri réussit à se faire embaucher comme couvreur. La mobilisation générale du 2 septembre 1939 n’impacte pas la famille Carel.
Parmi les amis d’enfance d’Henri se trouve le fils d’un couple d’agriculteurs de Saint-Sylvain,
village voisin de Fierville-la-Campagne, Roger Lechevalier. Celui-ci a côtoyé, avant-guerre,
un autre garçon, au sein de la Jeunesse agricole catholique, la JAC, Daniel Fontaine.
Vers la fin de 1942, Henri Carel entre, par leur intermédiaire, dans la Résistance
organisée (ORA) dirigée localement par le médecin d’Argences, Paul Derrien
. Celui-ci crée, avec le soutien de ces jeunes et de deux prêtres, l’abbé Renouf,
curé de Saint-Sylvain et l’abbé Bousso
, curé d’Ouilly-le-Tesson, une filière de « placement » des réfractaires au STO dans
les fermes de la région.
Un jeune homme, originaire d’Argentan, Léon Henri, est introduit, vers la fin du mois de septembre 1943 dans la filière, alors qu’il s’est déjà fait signaler par quelques vols de victuailles et autres menus larcins. Pupille de l’Assistance publique de l’Orne, le jeune homme est envoyé par le docteur Derrien chez les Lechevalier, agriculteurs à Saint-Sylvain.
Le 2 juin 1944, guidé par Léon Henri, un détachement de la Gestapo et quelques hommes de la bande à Hervé, procèdent à une terrible rafle. Commencée très tôt à Argences, au domicile du docteur Derrien, poursuivie à Saint-Sylvain, puis à Rouvres et Maizières, et finalement achevée à Ouilly-le-Tesson, celle-ci leur permet d’appréhender neuf hommes et deux femmes. Mais, les sbires de Raoul Hervé, renseignés par Henri Léon, veulent mettre absolument la main sur Daniel Fontaine qui a réussi à passer entre les mailles du filet. C’est pourquoi, Hervé laisse jusqu’au lendemain, 3 juin, un de ses hommes, Jean Laronche, à Argences, dans la Villa Les trois Platanes, domicile du docteur Derrien. Laronche connaît l’adresse d’Henri Carel à Fierville-la-Campagne. Vers 17h30, le gestapiste se présente au domicile du jeune homme avec une carte de visite du docteur Derrien sur laquelle celui-ci, sous la contrainte, a écrit ces mots : « Prière à Daniel Fontaine de se rendre chez moi avant la nuit », puis disparaît. Sans me méfier, Henri Carel, ignorant le drame qui s’est déroulé la veille, se rend à Argences, à la place de Daniel Fontaine, où il est immédiatement arrêté. Conduit à Caen, Henri Carel est incarcéré à la maison d’arrêt après avoir dû supporter un interrogatoire brutal au siège de la Gestapo. Le 6 juin 1944, il subit, comme ceux qui l’ont précédé, une mort affreuse dans l’une des courettes de la prison.
Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.
Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.
En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.
Sources : SHD-Caen : 21P433312 ; Archives de Paris : naissances, 1921, 19N274 ; AD93 : 1E070/206, mariages, 1925, Saint-Ouen, recensement, 1926, vol. 1, D2M8/96 ; AD14 : recensements, Fierville-la-Campagne, 1926-1936 ; Les 50 000 adresses du Calvados, 1930-1937 ; Archives MRDN ; J. Vico et J. Quellien, Massacres nazis en Normandie. Les fusillés de la prison de Caen, 2004, G.Fournier, Si près de la liberté, 2007.
Gérard Fournier
Mots-clés :
- 17-9-1921
- Paris, Seine
- Bray-la-Campagne, Calvados
- 2-6-1944
- Argences, Calvados
- Caen, Maison d'arrêt, Calvados
- 6-6-1944
- Caen, Calvados




