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COSNARD Émilien, Louis, Charles, Eugène

Né le 30 avril 1922 à La Rocque (Calvados) ; domicilié à Condé-sur-Noireau (Calvados) ; exécuté le 6 juin 1944 à Caen.

COSNARD Émilien, Louis, Charles, Eugène // Naissance : 30-4-1922 à La Rocque (Calvados) ; Domicile : Auquainville Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé

Issu d’un milieu social très modeste, le père travaille comme ouvrier agricole chez différents cultivateurs du canton de Vassy, Émilien Cosnard, cinquième d’une fratrie de sept enfants, grandit d’abord à La Rocque, puis à Vassy, et enfin à Rully où il achève sa scolarité obligatoire. A partir de 14 ans, jusqu’à sa majorité, il se loue comme journalier, dans diverses localités de la Suisse normande, à Clécy, en dernier lieu.

Le jeune homme quitte alors le domicile familial et habite dans les fermes où on le prend comme domestique. Au hasard de ses embauches, il fait la connaissance de jeunes garçons qui ont plus ont moins rompu avec leurs attaches familiales. C’est ainsi qu’il rencontre, vers la fin des années 1930, des garçons comme Louis Paillard Lien interne, commis boulanger à Thury-Harcourt ; Georges Noël Lien interne, ouvrier agricole à Montigny ; et Louis Bourdon Lien interne, commis de ferme à Noyers-Bocage.

En 1943, le petit groupe est directement concerné par la nouvelle loi de Vichy sur le service du travail obligatoire (STO). Aucun d’eux ne veut partir travailler dans les usines de guerre allemandes. Devenu réfractaire, comme ses amis, Émilien Cosnard doit se cacher pour échapper aux recherches de la gendarmerie. Le petit groupe trouve à s’embaucher sur un chantier forestier en activité sur la commune de Hamars. Se réunissant souvent, après le travail, dans un café du village, la discussion porte sur le marché noir et les quelques agriculteurs qui s’y livrent sans vergogne. Un couple de fermiers sur la commune se signale à leur attention. La femme de l’agriculteur est une dénonciatrice avérée. Une expédition punitive est donc organisée contre les Laurent qui demeurent au lieu-dit « Le Valgoude », à Hamars, le 7 mars 1944. L’affaire défraie la chronique, d’autant que la femme Laurent et sa belle-sœur sont blessées par arme à feu. Si Émilien Cosnard n’a pas fait partie de cette première opération punitive, il participe bel et bien à celle qui cible, un mois plus tard, la ferme des époux Nicolle, au lieu-dit « La Pouplière », à Bonnemaison. Il est alors accompagné de Louis Bourdon et de Louis Paillard, tous trois armés et le visage masqué. Cette fois-ci, ils ne commettent pas de violences physiques, mais délestent le couple de cultivateurs de plusieurs milliers de francs.

Ces attaques à répétition commencent à émouvoir l’opinion. Les gendarmes de la brigade de Thury-Harcourt et d’Aunay-sur-Odon enquêtent. Un renseignement leur parvient qu’ils transmettent à leurs collègues de la brigade de Condé-sur-Noireau, car deux « terroristes » y auraient été aperçus. Et de fait, le 14 avril 1944, Émilien Cosnard et Louis Bourdon sont appréhendés dans une pension de famille de cette dernière localité.

Remis aux Allemands, le réfractaire est, après interrogatoire, interné à la maison d’arrêt de Caen et, comme les trois autres réfractaires du groupe, exécutés, le 6 juin 1944 dans l’une des courettes du quartier allemand de la prison.

Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.

Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.

En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.

Sources : AM (La Rocque) : état civil, naissances, 1922 ; AD14 : La Rocque, recensements, 1921-1926 ; Vassy, recensement, 1931 ; Rully, recensement, 1936 ; La Croix du Bocage, 21 avril 1944 ; 3348W/1 : dossier d’enquête des prisonniers exécutés le 6 juin 1944; CDAJM (Le Blanc) : IA/133 affaire de la prison de Caen, tribunal militaire permanent, , déposition de témoin, 29 mars 1945 ; J. Quellien, J.Vico, Massacres nazis en Normandie, 2004, p. 115-118.

Gérard Fournier

Mots-clés :

Exécuté
  • 30-4-1922
  • La Rocque, Calvados
  • Auquainville, Calvados
  • 1-5-1944
  • Condé-sur-Noireau, Calvados
  1. Caen, Maison d'arrêt, Calvados
Décédé
  • 6-6-1944
  • Caen, Calvados
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