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MARIE Colbert

Né le 2 octobre 1926 à Montpinçon (Calvados) ; domicilié à Caen (Calvados) ; exécuté le 6 juin 1944 à la maison d’arrêt de Caen.

MARIE Colbert // Naissance : 2-10-1926 à Montpinçon (Calvados) ; Domicile : Caen Calvados () ; Repression : Exécuté le 6-6-1944 à Caen (Calvados) ; Décédé

Issu d’une famille nombreuse, Colbert Marie occupe le quatrième rang dans une fratrie de huit enfants nés vivants. Son père, travaille comme artisan bourrelier. Après la scolarité primaire obligatoire passée sur les bancs de l’école communale de Montpinçon, le jeune Colbert entame, au début de l’Occupation, un apprentissage chez un boucher de la rue de Falaise à Caen. C’est sans doute par le sport qu’il fait la connaissance de Michel Boutrois Lien interne, ouvrier ajusteur au dépôt SNCF de Caen qui pratique la boxe, en amateur, à la salle de l’Union sportive des cheminots caennais. Celui-ci lui fait connaître les membres de sa famille et l’intègre dans la bande de jeunes à laquelle il appartient qui habitent le quartier de Vaucelles, faubourg ouvrier de Caen très marqué par l’empreinte des cheminots de la gare SNCF.

Colbert Marie ne se préoccupe pas de politique, mais il entend les plus âgés parler de la situation en France et dans le monde. Les contraintes dues à l’Occupation allemande deviennent de plus en plus difficiles à supporter et les rapports avec les Allemands se tendent à partir du second semestre de 1942. Le jeune commis boucher ne reste pas insensible aux arguments de ceux qui manifestent de plus en plus ouvertement leur hostilité aux occupants et à ceux qui les soutiennent. Or, parmi les jeunes du quartier, il en est un qui s’est rangé résolument dans le camp des collaborateurs. Il habite rue de Branville. Il a 22 ans, et s’appelle Serge Fortier. A plusieurs reprises, celui-ci a tenté d’entraîner dans son sillage d’autres jeunes de Vaucelles, réussissant avec Gilbert Bertaux, un fils de cheminot, mais échouant avec Louis Renouf, prisonnier de guerre rapatrié sanitaire en août 1941. Les agissements et le prosélytisme de Fortier déplaisent au plus haut point à Michel Boutrois, si bien qu’un jour, entraînant avec lui son copain Colbert Marie, il essaie de lui faire un mauvais parti, mais Fortier leur échappe.

Au printemps 1944, la Résistance des cheminots organise un coup d’éclat. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, un spectaculaire sabotage met hors service deux locomotives du dépôt SNCF. Le chef de la Gestapo de Caen, confie à Hervé, principal auxiliaire de la Sipo-SD, l’organisation d’une rafle dans le bas du quartier de Vaucelles. Fortier devenu le bras droit d’Hervé est à la manœuvre. Aux visites et perquisitions domiciliaires ciblées, il ajoute les arrestations arbitraires dans la rue. Colbert Marie est arrêté chez sa sœur, le 15 mai 1944, et emmené rue des Jacobins, avec d’autres jeunes appréhendés ce jour-là. Certains sont libérés quelques heures plus tard, d’autres sont maintenus et conduits à la maison d‘arrêt, après avoir été copieusement battus à coups de nerf de bœuf. C’est le cas de Colbert Marie, de Georges Madoret Lien interne et de Louis Renouf Lien interne.

En prison, Colbert Marie parvient à faire sortir des correspondances adressées à ses parents et à sa fiancée, par le biais du linge sale que les familles peuvent venir chercher le jeudi à la prison. Sur un mouchoir, avec son sang, il leur adresse un dernier message, proclamant son innocence, demandant de l’aide, en espérant une libération. Mais le 6 juin 1944, il est exécuté, dans l’une des courettes du quartier allemand. Agé de 17 ans, Colbert Marie est le plus jeune des 73 prisonniers assassinés par la Gestapo, ce jour-là.

Depuis 1944, plusieurs lieux de mémoire liés au massacre de la prison ont été créés dans la ville de Caen. Une plaque commémorative a été apposée le 6 juin 1945, à droite du portail d’entrée de la maison d’arrêt, par le syndicat des agents des services pénitentiaires des prisons de Caen, le 6 juin 1945. Des plaques de rue dédiées à plusieurs victimes, membres de la Résistance, ont été dévoilées dans les quartiers Saint-Paul, Saint-Gabriel, Maladrerie au cours des décennies 1950 et 1960. Un rond-point devant l’entrée de la maison d’arrêt a été inauguré le 12 janvier 1951 avec l’inscription « Rond-point des 87 fusillés ». Ce chiffre, pourtant erroné, a été repris sur le monument dédié aux « Résistants abattus à la prison de Caen le 6 juin 1944 » dans les jardins du Mémorial de Caen. Son inauguration date du 6 juin 1989.

Ces supports de mémoire basés sur des sources fragmentaires et fragiles témoignent, durant toutes ces années, de la méconnaissance des faits. Le nombre des victimes est aujourd’hui établi à 73. Par ailleurs, le terme de fusillés, s’il peut être utilisé par commodité de langage, ne correspond pas à la réalité. Les victimes de la barbarie nazie, 71 hommes et 2 femmes, n’ont pas été fusillées au terme d’un jugement prononcé par un tribunal militaire allemand, mais exécutées sur décision du chef de la SIPO-SD de Caen (Gestapo), avec l’aval de ses supérieurs du siège régional de la Gestapo à Rouen.

En 2025, les corps des suppliciés du 6 juin 1944 n’ont toujours pas été retrouvés. Cependant la connaissance des faits progresse grâce à de nouveaux éléments documentaires, aux sondages et aux fouilles archéologiques des services du département du Calvados, de la DRAC Normandie et des services de l’Etat. L’espoir demeure parmi les descendants des victimes de les retrouver un jour.

Sources : AD14 : Montpinçon, tables décennales 1923-1932, recensements 1926-1931, 3348W/1 : dossier d’enquête des prisonniers exécutés le 6 juin 1944, 6J/91 ; Fonds Colbert Marie ; Liberté de Normandie, 13 mars 1946, Paris-Normandie, 14 mars 1946 ; J. Quellien, J. Vico, Massacres nazis en Normandie, 2004, p. 124-126, 212-214. ; geneanet.org 

Gérard Fournier

Mots-clés :

Exécuté
  • 2-10-1926
  • Montpinçon, Calvados
  • Caen, Calvados
  • 15-5-1944
  • Caen, Calvados
  1. Caen, Maison d'arrêt, Calvados
Décédé
  • 6-6-1944
  • Caen, Calvados
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